1000 LECTURES D'HIVER

Jean-Pierre Davernon lira

« La bataille d’Occident » de Éric VUILLARD

"Une invitation à intendre et à partager la littérature d'aujourd'hui" - une action Ciclic - Région Centre

« La Bataille d’Occident est l’un des noms de nos exploits imaginaires. C’est un récit de la Grande Guerre, celle de 14-18, où nos différentes traditions de « maîtres du monde » manifestèrent ouvertement leur grande querelle. Il en résulta un charnier sans précédent, la chute de plusieurs empires, une révolution. Et tout cela fut déclenché par quelques coups de révolvers ! »

Eric Vuillard revisite à sa manière historique, politique et polémique le premier conflit mondial.

Vous êtes invités à participer, et comme il s'agit d'une rencontre d’échange et de convivialité, apportez un gâteau, une quiche, un cake… le verre de l’amitié sera au rendez-vous en conclusion de soirée.

Comment peut-on aborder la Première Guerre Mondiale avec un regard nouveau ? Comment peut-on apporter du neuf parmi tout ce qui a été dit sans être redondant ? Comment condenser en peu de pages un évènement qui nécessite généralement l'écriture de pavés richement détaillés ?

La bataille d'Occident d'Eric Vuillard est une potentielle réponse à toutes ces questions. Dans un texte court, Vuillard parle de cette grande guerre, de ses origines, de ses enjeux, ses stratégies et ses attentes. Délaissant un peu le facteur humain et s'attachant plus volontairement à certains éléments clés, l'auteur s'intéresse un peu plus au décisionnaire et à l'économie de la guerre, à la course à l'armement et aux alliances passées et/ou brisées.

Cet essai n'est pas qu’un essai mais aussi un roman, outre les faits historiques relatés et l'analyse très fine d’Éric Vuillard, le style de l'auteur apporte un côté inédit à cette histoire. Le beau et le poétique croisent le moins beau et l'horrible. Brio du mélange d'ironie, de sérieux et de poésie : le monde qui meurt dans le fer et le feu en 1914

Publié en 2012, le cinquième ouvrage d'Éric Vuillard montre de façon peut-être encore plus éclatante, à propos de la course à la boucherie de 1914-1918, cette fois, à quel point la conjonction d'une remarquable capacité de lecture historique synthétique et d'un style narratif tout en ironie, en subtilité et en poésie peut produire une œuvre courte et formidable.

Passant au crible toute une époque, pas belle du tout, au moment où elle émerge encore à peine des fanfreluches colorées des bals 19ème siècle et des liens consanguins de la noblesse européenne qui dirige encore une grande partie du continent et de ses annexes insulaires, l'auteur décape le sens des slogans, des discours, des rencontres, et surtout des personnages comme emblèmes de quelque chose, quelque chose qui meurt et quelque chose qui va naître dans une douleur indicible, pour accéder à une vie presque "déjà broyée".

Figures historiques hissées avec brio au rang, si ce n'est de mythes, en tout cas d'incarnations d'une faille historique et humaine bien particulière, les Schlieffen, les Moltke, les Joffre, les Foch, ou encore les Krupp, tous dessinent l'avenir qui naît là, dans les champs de coquelicots d'abord, dans l'atroce boue des tranchées ensuite.

Et encore au-delà d'un récit enlevé, gorgé d'un humour noir et d'une rieuse férocité, Vuillard sidère par l'acuité des rapprochements historiques qu'il établit comme en se jouant, en 180 pages, en phase avec les plus récents travaux sur les liens entre révolutions militaires, industrielles et socio-politiques. du grand art, de l'intelligence, de la saine ruse d'auteur, qu'il ne faut donc pas laisser passer !

Une manière inédite et un œil neuf pour revisiter cette grande guerre, un auteur à la plume fine et ciselée qui tranche dans le gras pour faire exploser l'essentiel. La bataille d'Occident est une sublime et ironique analyse, un roman pluraliste historique, une fable contemporaine ou encore un essai sur les stratégies et enjeux de la guerre.

« Cette fois, ça y est, les ombrelles se ferment, on déserte les cabarets. Le printemps a montré ses feuilles vert tendre, elles sont devenues plus larges, plus denses, et le contexte politique s'est gâtés. Les uhlans dorment sur leur lance, les grenadiers somnolents dans la poudre, soudain un coup de clairon les réveille. Il faut y aller. »

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